{"id":2631,"date":"2019-02-16T23:43:20","date_gmt":"2019-02-16T22:43:20","guid":{"rendered":"http:\/\/patricebarrat.org\/?page_id=2631"},"modified":"2019-04-01T10:39:44","modified_gmt":"2019-04-01T08:39:44","slug":"mes-parents","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/patricebarrat.org\/index.php\/mes-parents\/","title":{"rendered":"Mes Parents"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2632\" src=\"http:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15.jpeg\" alt=\"\" width=\"1753\" height=\"1240\" srcset=\"https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15.jpeg 1753w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15-300x212.jpeg 300w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15-768x543.jpeg 768w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15-1024x724.jpeg 1024w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-15-600x424.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 1753px) 100vw, 1753px\" \/><\/p>\n<ul>\n<li>Le 3 octobre 1960, alors que ma m\u00e8re est jug\u00e9e dans le cadre du proc\u00e8s du r\u00e9seau Jeanson, elle d\u00e9clare au Tribunal : \u00ab je ne suis pas responsable des actes dont vous m&#8217;accusez mais je regrette de ne pas les avoir commis \u00bb.<\/li>\n<li>A la m\u00eame p\u00e9riode, mon p\u00e8re qui est emprisonn\u00e9 \u00e0 Fresnes parce qu&#8217;il aurait \u00e9t\u00e9 le r\u00e9dacteur principal du Manifeste des 121, va \u00e9crire une lettre \u00e0 ma grande s\u0153ur Claire, tout juste 13 ans. Voici ce que dit la lettre : \u00ab Ch\u00e8re Claire, Maman m&#8217;a dit que tu avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s triste en apprenant mon arrestation. Evidemment, cela ne va pas \u00eatre gai de ne pas me voir pendant plusieurs jours, d&#8217;autant que maman aura encore beaucoup \u00e0 faire \u00e0 Paris pendant mon absence. Mais tu es maintenant assez grande pour prendre les choses courageusement et comprendre que quand on veut d\u00e9fendre la justice, cela ne va pas sans d\u00e9sagr\u00e9ments. J&#8217;aime mieux \u00eatre en prison et demeurer d&#8217;accord avec ma conscience et mon sentiment du devoir que de demeurer en libert\u00e9 et me dire que je suis un poltron ou un l\u00e2che. Loin d&#8217;\u00eatre d\u00e9courag\u00e9e, il faut au contraire que tu sois fi\u00e8re de ton p\u00e8re. Pense aussi \u00e0 aider maman au maximum. J&#8217;ai trouv\u00e9 Patrice tr\u00e8s triste samedi dernier quand je suis revenu \u00e0 la maison. J&#8217;ai eu l&#8217;impression que tu songeais davantage \u00e0 t&#8217;amuser avec Mich\u00e8le Commin et tes camarades que de t&#8217;occuper de tes fr\u00e8res et s\u0153urs&#8230; Donc pendant toute cette p\u00e9riode agit\u00e9e qui va \u00eatre celle de la fin de la Guerre d&#8217;Alg\u00e9rie et o\u00f9 nous allons \u00eatre tr\u00e8s occup\u00e9s, maman et moi, tu dois \u00eatre une seconde maman pour ton fr\u00e8re&#8230;<br \/>\nD&#8217;ailleurs, je ne pense pas \u00eatre ici pour bien longtemps. J&#8217;ai retrouv\u00e9 beaucoup d&#8217;amis en prison, que tu as connu \u00e0 la maison ou que tu as visit\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9 il y a deux ans. Tout le monde va bien, a bon moral et me demande de tes nouvelles. Peut-\u00eatre aurez-vous l&#8217;autorisation de me rendre visite jeudi ou samedi. Vous verrez : c&#8217;est assez amusant, car on on se parle \u00e0 travers une v\u00eetre. Mais il est possible \u00e9galement que vous veniez me rendre visite \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital car je voudrais me faire soigner l&#8217;intestin.<br \/>\nBref, tout va bien. Ne te fais pas de souci pour moi. Nous allons sans doute avoir encore des mois un peu agit\u00e9s jusqu&#8217;\u00e0 la paix. Mais quand la guerre sera termin\u00e9e, nous aurons une vie plus d\u00e9tendue : on t\u00e2chera d&#8217;aller tous passer 8 jours aux sports d&#8217;hiver \u00e0 la No\u00ebl ou \u00e0 P\u00e2ques.<br \/>\nJe t&#8217;embrasse bien fort et te dis \u00e0 bient\u00f4t. Ton papa<br \/>\nRobert&#8221;<\/li>\n<li><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2633\" src=\"http:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16.jpeg\" alt=\"\" width=\"2048\" height=\"1674\" srcset=\"https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16.jpeg 2048w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16-300x245.jpeg 300w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16-768x628.jpeg 768w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16-1024x837.jpeg 1024w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-16-600x490.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><\/li>\n<li><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2634\" src=\"http:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17.jpeg\" alt=\"\" width=\"2048\" height=\"1536\" srcset=\"https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17.jpeg 2048w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17-300x225.jpeg 300w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17-768x576.jpeg 768w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Unknown-17-600x450.jpeg 600w\" sizes=\"(max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><\/li>\n<\/ul>\n<div>\n<div>\n<div>\n<h6>17 OCTOBRE 1961 DES LIVRES EN HOMMAGE \u00c0 ROBERT ET DENISE BARRAT<\/h6>\n<p>PATRICE BARRAT : &#8221; LE CADEAU &#8221; DE MES PARENTS<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>Mardi, 16 Octobre, 2001<\/div>\n<div>\n<p>T\u00e9moignages, articles, interpellations&#8230; Un journaliste au cour de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie (1) rassemble plusieurs des \u00e9crits de Robert Barrat, l&#8217;un des premiers journalistes fran\u00e7ais \u00e0 avoir &#8221; racont\u00e9 &#8221; la guerre, en professionnel rigoureux et en militant catholique de la lutte contre le colonialisme. Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1987, l&#8217;ouvrage vient d&#8217;\u00eatre r\u00e9\u00e9dit\u00e9, v\u00e9ritable passage au scalpel de ce que fut &#8221; la guerre sans nom &#8221; : l&#8217;occasion de rencontrer Patrice Barrat, l&#8217;un des enfants de Robert Barrat, qui \u00e9voque la m\u00e9moire de ses parents&#8230;<\/p>\n<p>&#8221; Le temps a pass\u00e9. Mais le drame alg\u00e9rien demeure dans les m\u00e9moires, pareil \u00e0 une br\u00fblure multiforme &#8220;, \u00e9crivait votre m\u00e8re, Denise Barrat, dans un texte &#8221; liminaire &#8221; \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9dition de Un journaliste au cour de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie l&#8217;ouvrage de votre p\u00e8re, Robert Barrat. Quelles valeurs vous ont-ils, l&#8217;une et l&#8217;autre, laiss\u00e9 en h\u00e9ritage ?<\/p>\n<p><em>Patrice Barrat.<\/em> La question que je me pose encore aujourd&#8217;hui, \u00e0 propos de mes parents, pourrait \u00eatre formul\u00e9e ainsi : &#8221; Quel \u00e9tait leur ressort pour faire tout \u00e7a ? &#8221; &#8221; Tout \u00e7a &#8220;, ce n&#8217;\u00e9tait pas seulement l&#8217;Alg\u00e9rie, mais aussi leurs combats avec les Palestiniens, les Marocains, les Indochinois&#8230; Je crois que l&#8217;un et l&#8217;autre \u00e9taient tout simplement anim\u00e9s de l&#8217;amour du prochain, du respect de l&#8217;autre. Ces mots peuvent para\u00eetre d\u00e9suets, mais ce sont ceux qui me viennent \u00e0 l&#8217;esprit. Dans son livre, mon p\u00e8re parle d&#8217;une femme qui crache sur le parcours des colons. C&#8217;est le d\u00e9but de son interrogation : &#8221; Qu&#8217;a-t-on fait \u00e0 l&#8217;autre pour qu&#8217;il nous envoie cela en retour ? &#8221; Apr\u00e8s la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 quelque peu \u00e9coeur\u00e9 par la politique &#8211; m\u00eame s&#8217;il a men\u00e9 d&#8217;autres combats &#8211; alors que ma m\u00e8re a continu\u00e9 dans une sorte de &#8221; militance &#8220;, ce qui a pu l&#8217;amener \u00e0 pardonner par avance certains actes, d\u00e8s lors qu&#8217;ils \u00e9taient motiv\u00e9s par une juste cause&#8230;<\/p>\n<p>Quel \u00e9tait la sorte d'&#8221; \u00e9coeurement &#8221; dont vous parlez \u00e0 propos de votre p\u00e8re ?<\/p>\n<p><em>Patrice Barrat.<\/em> Sans doute celui de la classe politique fran\u00e7aise, et qui touchait aussi bien Mitterrand que de Gaulle&#8230; Et puis, je crois qu&#8217;il consid\u00e9rait que le combat ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9, il fallait penser et passer \u00e0 autre\u00a0chose. Pour mon p\u00e8re, &#8221; l&#8217;amour du prochain &#8220;, cela voulait dire aussi avoir des ressources pour \u00e9lever ses enfants. Tout cela ne m&#8217;est apparu clairement que bien apr\u00e8s&#8230; Une anecdote : en 1967 &#8211; j&#8217;avais dix ans -, je me souviens que, lors de l&#8217;un des premiers Face-\u00e0-Face (une \u00e9mission qu&#8217;il avait cr\u00e9\u00e9e sur RTL avec Jean Farran), Jean Lecanuet lui donnait du &#8221; M. le pr\u00e9sident &#8220;. Sans doute Robert Barrat \u00e9tait-il rest\u00e9, \u00e0 ses yeux, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Centre catholique des intellectuels &#8211; chose, bien s\u00fbr, que j&#8217;ignorais totalement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Mon p\u00e8re avait gard\u00e9 intact son go\u00fbt de la chose publique, du d\u00e9bat citoyen, son souci d&#8217;une opinion inform\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Ce qui est frappant, dans son livre, c&#8217;est l&#8217;extraordinaire continuit\u00e9 d&#8217;attitude qu&#8217;il manifeste vis-\u00e0-vis de l&#8217;Alg\u00e9rie. Il \u00e9crit, par exemple : &#8221; L&#8217;Alg\u00e9rie, je la d\u00e9couvris pour la premi\u00e8re fois en 1938 \u00e0 travers le prisme d\u00e9formant qu&#8217;avait laiss\u00e9 dans ma m\u00e9moire la visite de l&#8217;Exposition coloniale de 1933 &#8220;&#8230;<\/p>\n<p><em>Patrice Barrat.<\/em> En effet. Et l&#8217;on retrouve aujourd&#8217;hui encore beaucoup de documents : ses Livres blancs, un grand manuscrit sur l&#8217;histoire de la guerre, et d&#8217;autres papiers que Denise Barrat a r\u00e9unis sous le titre Naissance d&#8217;une nation. Il y a aussi les \u00e9changes de courriers &#8211; avec Boudiaf ou avec Mauriac&#8230; Ce que j&#8217;ai d\u00e9couvert, c&#8217;est \u00e0 la fois le partage et la jonction entre le journalisme de t\u00e9moignage et le militantisme discret destin\u00e9 \u00e0 changer les choses. Cela ne laisse pas de me fasciner. Dans le m\u00eame temps, en observant de pr\u00e8s comment les archives \u00e9taient class\u00e9es, mais aussi en parlant avec leurs amis, je me suis rendu compte que ma m\u00e8re comptait beaucoup plus que je ne l&#8217;imaginais : elle \u00e9crivait beaucoup, elle a m\u00eame \u00e9t\u00e9 la cheville ouvri\u00e8re du Livre blanc. L'&#8221; organisatrice &#8220;, c&#8217;\u00e9tait elle ! La &#8221; porteuse de valises &#8220;, aussi. Enfant, cela m&#8217;avait totalement \u00e9chapp\u00e9. La notori\u00e9t\u00e9 relative de mon p\u00e8re l&#8217;avait rel\u00e9gu\u00e9 dans l&#8217;ombre.<\/p>\n<p>Que retenez-vous aujourd&#8217;hui de cet &#8221; h\u00e9ritage &#8221; ?<\/p>\n<p><em>Patrice Barrat.<\/em> Sur la question alg\u00e9rienne, j&#8217;ai le sentiment d&#8217;une urgence \u00e0 ce que le d\u00e9bat soit relanc\u00e9 sur\u00a0le terrain politique. On ne peut pas se contenter de dire : &#8221; C&#8217;est le travail des historiens. &#8221; Ou plut\u00f4t le travail des historiens &#8211; jusqu&#8217;aux ouvrages r\u00e9cents de Rapha\u00eblle Branche et de Sylvie Th\u00e9nault &#8211; montre bien \u00e0 quel point il s&#8217;agit d&#8217;une question politique. Je me demande donc quelle va \u00eatre l&#8217;occasion &#8211; comme il y en a eu pour d&#8217;autres \u00e9v\u00e9nements tragiques de notre histoire &#8211; dont va s&#8217;emparer tel ou tel responsable politique fran\u00e7ais pour reconna\u00eetre la r\u00e9pression et les crimes commis alors au nom de la France. Sur un plan plus personnel, l'&#8221; h\u00e9ritage &#8221; a pris longtemps pour moi la forme de la transmission d&#8217;un m\u00e9tier, d&#8217;un savoir, d&#8217;une mani\u00e8re de voir le monde dont j&#8217;essayais, non pas de me distancier, mais de la r\u00e9\u00e9valuer. Mais depuis quelque temps, \u00e0 relire tous les documents dont j&#8217;ai parl\u00e9s, \u00e0 voir ce que mes parents ont fait, et sachant que je produis moi-m\u00eame des films &#8211; Ben Barka, Octobre 1961, Massacre \u00e0 S\u00e9tif&#8230; &#8211; ou en pensant \u00e0 la mondialisation, par exemple, je m&#8217;aper\u00e7ois que mes parents m&#8217;ont fait un sacr\u00e9 cadeau&#8230;<\/p>\n<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Jean-Paul Monferran<\/p>\n<p>(1) \u00c9ditions de l&#8217;Aube, 248 pages, 10 euros.<\/p>\n<h3>LE MAITRON<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-2635\" src=\"http:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-02-16-a\u0300-23.36.36.jpg\" alt=\"\" width=\"567\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-02-16-a\u0300-23.36.36.jpg 567w, https:\/\/patricebarrat.org\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-02-16-a\u0300-23.36.36-300x238.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<p>N\u00e9 le 12 mars 1919 \u00e0 Douai (Nord), mort le 16 ao\u00fbt 1976 \u00e0 Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)\u00a0; journaliste\u00a0; secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Centre catholique des intellectuels fran\u00e7ais\u00a0; militant anticolonialiste\u00a0; signataire du Manifeste des 121.<br \/>\nDenise\u00a0: n\u00e9e le 15 mai 1923 \u00e0 Paris\u00a0; journaliste\u00a0; militante anticolonialiste.<\/p>\n<p>Fils d\u2019un employ\u00e9 de banque et d\u2019une m\u00e9nag\u00e8re, Robert Barrat d\u00e9couvrit l\u2019Alg\u00e9rie, pour la premi\u00e8re fois en 1938 \u00ab\u00a0\u00e0 travers le prisme d\u00e9formant qu\u2019avait laiss\u00e9 dans ma m\u00e9moire la visite de l\u2019Exposition coloniale de 1933\u00a0\u00bb.<br \/>\nDenise Barrat naquit en 1923 \u00e0 Paris. Durant la Seconde Guerre mondiale, ses parents moururent en d\u00e9portation dans les camps nazis. Robert et Denise Barrat se rencontrent au sortir de la guerre, en d\u00e9cembre 1945, et se marient en janvier 1947 \u00e0 Paris VIIe arr. \u00c0 partir de cette date, il est difficile de parler de l\u2019un sans \u00e9voquer l\u2019autre, tant leur vie et leurs actions sont li\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 leur s\u00e9paration en 1970.<br \/>\nAu lendemain de la Lib\u00e9ration, journalistes \u00e0\u00a0T\u00e9moignage chr\u00e9tien, anticolonialistes, tous deux s\u2019int\u00e9ress\u00e8rent \u00e0 l\u2019Indochine, \u00e0 Madagascar et \u00e0 la Palestine. En octobre 1953, Robert Barrat publia une chronique des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9position du sultan Mohamed V sous le titre\u00a0Justice pour le Maroc,\u00a0r\u00e9quisitoire contre le colonialisme et plaidoyer pour l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, publication pour laquelle il devait \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9.<br \/>\nRobert Barrat joua un r\u00f4le important dans la lutte contre la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Centre catholique des intellectuels fran\u00e7ais depuis 1950, envoy\u00e9 sp\u00e9cial de\u00a0l\u2019Express\u00a0en Alg\u00e9rie, il rencontra en 1955 des responsables nationalistes du Maghreb et entra en relation avec le FLN. Un reportage du\u00a0Nouvel observateur, le 25 septembre 1955, relatait sa rencontre avec des combattants alg\u00e9riens, particuli\u00e8rement avec Abane Ramdane et d\u2019Ouamrane. Il fut l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une rencontre discr\u00e8te entre Pierre Mend\u00e8s-France et deux \u00e9missaires du FLN (fin 1955 ou d\u00e9but 1956). Inculp\u00e9 en avril 1956, il b\u00e9n\u00e9ficia du soutien de Fran\u00e7ois Mauriac. On lui doit la pr\u00e9face de la brochure\u00a0Des appel\u00e9s t\u00e9moignent. En octobre 1957, il lan\u00e7a la collection T\u00e9moignage et documents. Avec Claude Bourdet, Gilles Martinet, Jean Daniel, il demanda au FLN de d\u00e9savouer la tuerie de Melouza contre les messalistes. \u00c0 l\u2019automne 1957, il pr\u00e9senta Henri Curiel \u00e0 Jeanson et accueillit ceux qui devaient former le r\u00e9seau Curiel et le MAF (Mouvement anticolonialiste fran\u00e7ais). En 1958, Denise et Robert Barrat, en p\u00e8lerinage au-dessus de l\u2019Assekrem dans le Hoggar, \u00e9crivent une \u0153uvre commune\u00a0:\u00a0Charles de Foucault et la Fraternit\u00e9,\u00a0ouvrage r\u00e9\u00e9dit\u00e9 plusieurs fois depuis. Leur maison de Dampierre servit d\u2019asile aux militants du Front de lib\u00e9ration national (FLN) et de relais au r\u00e9seau Jeanson.<br \/>\nRobert Barrat signa le Manifeste des 121 et fut perquisitionn\u00e9 le 27 septembre 1961. Arr\u00eat\u00e9 au si\u00e8ge de la revue\u00a0Esprit\u00a0le 1er octobre 1961 au milieu d\u2019une r\u00e9union de r\u00e9daction de\u00a0V\u00e9rit\u00e9 et Libert\u00e9, il fut maintenu sous les verrous et inculp\u00e9 le 3 octobre de provocation \u00e0 la d\u00e9sertion et \u00e0 l\u2019insoumission. Il fut lib\u00e9r\u00e9 le 17 octobre. Sa femme Denise avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9e pour ses relations avec le r\u00e9seau Curiel et lib\u00e9r\u00e9e le 1er octobre car elle \u00e9tait enceinte.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, Robert Barrat abandonna alors la r\u00e9daction du livre, presque achev\u00e9, dans lequel, il racontait, \u00e0 la premi\u00e8re personne, sa d\u00e9couverte de l\u2019Alg\u00e9rie, et ses combats. Apr\u00e8s sa mort Denise Barrat, publia en 1987 une premi\u00e8re fois ce livre sous le titre\u00a0Les Combattants de la libert\u00e9, qui fut r\u00e9\u00e9dit\u00e9 aux \u00e9ditions de l\u2019Aube accompagn\u00e9 du\u00a0Livre blanc sur la r\u00e9pression, recueil de documents r\u00e9unis par Denise et Robert Barrat d\u00e8s 1956 pour d\u00e9noncer la torture d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9e \u00e0 une large \u00e9chelle en Alg\u00e9rie.<br \/>\nLe couple se s\u00e9para en 1970 et Robert Barrat se remaria en septembre 1971 \u00e0 Saint-Cloud.<br \/>\n\u00c0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt, Denise Barrat fonda avec d\u2019autres militants, l\u2019Association de solidarit\u00e9 avec les peuples d\u2019Alg\u00e9rie et du Maghreb\u00a0(SOLIDAM).<br \/>\nUn de leur fils, r\u00e9alisateur de films documentaires, Patrice d\u00e9clarait en 2001\u00a0: \u00ab\u00a0en observant de pr\u00e8s comment les archives \u00e9taient class\u00e9es, mais aussi en parlant avec leurs amis, je me suis rendu compte que ma m\u00e8re comptait beaucoup plus que je ne l\u2019imaginais\u00a0: elle \u00e9crivait beaucoup, elle a m\u00eame \u00e9t\u00e9 la cheville ouvri\u00e8re du Livre blanc. L\u2019\u00ab\u00a0organisatrice\u00a0\u00bb, c\u2019\u00e9tait elle\u00a0! La \u00ab\u00a0porteuse de valises\u00a0\u00bb, aussi. Enfant, cela m\u2019avait totalement \u00e9chapp\u00e9. La notori\u00e9t\u00e9 relative de mon p\u00e8re l\u2019avait rel\u00e9gu\u00e9 dans l\u2019ombre.\u00a0\u00bb (l\u2019Humanit\u00e9, 16 octobre 2001).<br \/>\nL\u2019un comme l\u2019autre furent de figures majeures de la prise de conscience anticolonialiste, particuli\u00e8rement pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>http:\/\/maitron-en-ligne.univ-paris1.fr\/spip.php?article15756<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 3 octobre 1960, alors que ma m\u00e8re est jug\u00e9e dans le cadre du proc\u00e8s du r\u00e9seau Jeanson, elle d\u00e9clare au Tribunal : \u00ab je ne suis pas responsable des actes dont vous m&#8217;accusez mais je regrette de ne pas les avoir commis \u00bb. 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